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ATLAN QUIGNARD

Mis à jour : 4 juin 2020

En entrant dans la chambre de ma mère J’ai découvert une grande photographie en noir et blanc que j’avais développée quatre décennies plus tôt. Tirée sur papier argentique et barité elle tendait vers la couleur sépia sûrement à cause du vieillissement. Cette vision m’a fait remonter le temps et je me suis souvenu très exactement des émotions liées à ce jour-là. On y voit quelques collines avec un vallon central, et sur les pentes des moutons. Loin dans le fond très légèrement décalé sur la droite un petit village provençal. Les arbres sont peu nombreux et dénués de feuille. Je me suis souvenu avoir emmené celle que je pensais être l’amour de ma vie et qui fût seulement celui de ma jeunesse. C’était l’hiver il faisait froid et j’avais acheté peu de temps avant un manteau en peau retournée comme la mode l’imposait à cette époque. Cette image est paisible, reposante, malgré la sècheresse que l’on devine. Pas un nuage ne trouble le ciel, le soleil a dû amorcer sa descente vers l’ouest, mais est encore haut si on observe les ombres. Plus que le plaisir de la photo elle-même j’ai revécu une foule d’émotion différentes et mélangées. Un mal être de jeune homme, issu d’un deuil lors de l’enfance. L’amour ainsi que les hormones chahutaient mon corps et mon moral. Il m’était bien difficile d’entrer dans la vie d’adulte. Voilà ce que j’ai ressenti immédiatement en l’observant. Il été revenu à ma mémoire, aussi, le plaisir de travailler dans le laboratoire du comité d’entreprise fréquenté par d’autres collègues. Cette joie de penser être un grand photographe, d’avoir un vrai talent créateur pour cette première œuvre. Des milliers d’autres images sortiront de mon appareil et des agrandisseurs, couleur et noir. Il m’importait alors d’appartenir à la confrérie des passionnés de photos du club. Nous étions très actifs et participions à de multiples concours. C’était une époque où l’on pouvait encore trouver des paysages exempts de constructions humaines. Peu de pylône téléphonique ou électrique. Encore moins d’antennes ou de maisons incongrues qui auraient poussé comme des verrues. Cette photo est depuis sa création restée sur l’armoire de ma mère dans deux maisons successives. Elle a conservé plusieurs de mes agrandissements qui il est vrai dégageaient une certaine beauté. Mais celle-ci est la plus ancienne à avoir résisté au changement. L’encadrement, un contrecollé blanc cassé de jaune était sali de multiples crottes de mouche. Sur la photo deux ou trois petites tâches attestaient de sa longue et vénérable existence. Les règles de base sont scrupuleusement respectées mais trop, ce qui montre bien que l’artiste était un débutant.


Patrick O

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