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PEREC 1ère ouverture enrichie

· La porte-fenêtre s’éclaire d’une lumière tamisée, halogénée. Une jeune fille s’y coule, ondulant au rythme d’une musique-oreillettes, portable en mains. Brune, cheveux descendant jusqu’aux reins, jean moulant ou leggging, tee-shirt manches courtes – En plein hiver ? - J’aperçois ses lèvres qui bougent. Peut-être chantonne-t-elle un de ces tubes du moment, qu’elle repasse en boucle. Elle arrête ses pas de danse, fait de grands gestes, donc elle parle à une personne. Certainement une amie de son âge , elle lui raconte sa conversation avec son copain de classe – appelons-le Luc -les compliments un peu gauches qu’il lui a fait à la sortie des cours sur le trottoir en face du lycée. Manifeste-t-elle de la joie, ou au contraire est-elle déçue, s’attendait-elle à plus de témérité de sa part ? Confie-t-elle tout cela à sa copine ? Les jeunes, m’a-t-on dit ,ne font plus de déclaration , mais utilisent des mots crus qui me choqueraient surement. Mes sens sont aux aguets. Depuis la fenêtre de ma cuisine, je plonge mon regard dans ce salon, je scrute, j’arrache des fragments de vie à cet appartement en face du mien, si proche. Je me distrais, je n’ai pas de télévision.

·

· Comment cette jeune personne, s’appelle-t-elle ? Anaïs ? Coralie ? Prescilla ? Il est 19 h , pourquoi rentre-t-elle si tard ? Je suppose qu’elle a dû flemmarder avec Luc, peut-être même ont-ils flirté, échangé leurs premiers baisers au goût de chewing gum à la menthe ou malabar, dans le petit jardin public Edouard Herriot ou dans le bus N° 12, tout au fond, sur les dernières banquettes ? Je lui donne 15,16 ans , c’est une lycéenne, donc elle vient de rentrer en première, j’imagine littéraire avec bac de français à la fin de l’année. Deux lycées sont à proximité de la résidence, Marcel Pagnol, Victor Hugo., mais ses parents ont certainement préféré Balzac, beaucoup plus strict et surtout ayant la réputation de mieux préparer les étudiants à des emplois stables, bien rémunérés, enfin c’est ce qui se dit.

· Du fond de la pièce une ombre s’avance vers elle, c’est une femme, grande, mince, habillée classique, pull clair sur pantalon noir ou très foncé, genre secrétaire de direction ou employée dans une banque. Aussitôt, d’un geste vif Anaïs arrache les écouteurs. Je suppose qu’elle devrait être en train de travailler, la coquine. - Depuis qu’ils ont ces appareils sans cesse sur les oreilles les adolescents n’écoutent plus les adultes et pensent qu’à s’amuser - Rapide l’échange de baisers ! Elles s’adressent la parole, de toute évidence c’est sa mère. Que peut faire une Maman arrivant du travail sinon interroger sa fille sur sa journée, s’intéresser à son repas à la cantine, insistant sur le bienfait pour la santé de manger des légumes, des fruits, 5 - Ne le répètent-ils pas sans cesse dans les media - Soucieuse de la ligne de sa fille, elle insiste sur l’importance de ne pas se gaver de sucreries, de viennoiseries. Elle s’inquiète aussi de sa scolarité, a-t-elle obtenu de nouvelles notes, a-t-elle réussi son devoir surveillé de maths ? Anaïs -ce prénom lui va bien - formule des réponses évasives, lassée de ces questions qui reviennent quotidiennement. A son âge, elle ignore que sa mère culpabilise peut-être de partir si tôt le matin, de ne rentrer jamais avant 19h parfois 20 h. La nuit, lors d’insomnies, cette femme se demande fréquemment si elle est une bonne mère.

· Un homme, en costume sombre, s’approche. Tout en défaisant sa cravate il marche vers son épouse, enfin supposée, dépose un baiser sur sa joue, rendu tout aussi distraitement par celle que je croyais être sa femme. Quelle surprise ! Ce n’est pas un couple ? Une telle distance entre eux ? Peut-être le frère de la dame alors ? Impossible, j’ai remarqué cet homme un matin au bas de l’immeuble, attendant un taxi. Il embrasse Anaïs qui est venu vers lui. Serait-ce son père ? Son beau-père ? des parents en instance de divorce ? Je vais intensifier mon espionnage pour deviner ce qui se passe dans cette famille.


Denise

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