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Atlan Quignard

Mis à jour : 25 juin 2020

Deuxième ouverture : l'émotion choisie : la joie

Sylviane est d'une compagnie très agréable, car elle à tendance à positiver les événements, les circonstances de la vie. Elle voit toujours le bon côté des choses.

Elle est bon public, réagit au moindre mot spirituel par un éclat de rire bruyant, étant souvent la seule à rire, ce qui lui fait dire « Comment cela se fait-il que je sois la seule à trouver cela amusant? Je ne tiens pas à me faire remarquer, mais je ne peux pas me retenir !! »

Une amie un peu psychologue lui a dit un jour : « C'est parce que tu ressens de la joie que tu ris bruyamment, ce n'est pas un manque d'éducation, c'est seulement ta manière d'exprimer ton émotion simplement il faudrait essayer de te contrôler si tu ne veux pas te différencier des autres....mais après tout, si c'est ta personnalité, reste comme tu es !!! »

Mais comment se contrôler quand, au théâtre, à l'opéra, devant un beau décor, les costumes luxueux des acteurs ou des chanteurs remarquables, spontanément elle commence à applaudir !

Elle regarde les fleurs avec plaisir et jubilation, elle imagine alors toutes ces transformations

effectuées à partir d'une simple graine, pour arriver à une telle perfection, elle ferme les yeux pour contenir sa joie, son émoi …..

Les mots d'enfants sont un délice pour elle.

Les repas où tous les convives partagent amicalement....elle est aux anges.

La joie lui apporte de la sérénité.

Un jour, elle a entendu le poète François Cheng dire cette phrase surprenante : « La vraie joie ne s'exprime que quand on a souffert »

Elle s'est alors rappelé ce repas improvisé, suite au départ d'un être cher. Après l'immense tristesse ressentie, le besoin de se retrouver tous, famille, amis, avait été le plus fort: avaient alors surgit les bons mots du disparu... sa présence les habitait...et d'être là, tous ensemble parlant de Lui, leur a donné de la joie!! La vraie joie. Celle qui reste au fond du cœur, comme une pépite que l'on ne montre pas, mais que l'on garde précieusement

A propos des gestes et des mouvements de la main

Sa main hésitait à écrire à traduire ce que sa tête lui soufflait à toute allure. Elle avait pris son stylo

dans un geste de pleine possession....et ce mouvement bien qu'habituel et routinier l’avait surprise, elle ne s'était jamais penchée sur les doigts qui s'articulent, se plient d'une certaine façon pour tenir le stylo, afin qu'il trace et dessine les arabesques qui vont former des lettres.

Nous en avons cinq à chaque main et ils sont tous différents par leur longueur, leur fonction, leur nom. Celui qui m'interpelle le plus c'est l'annulaire. D'où nous est venu la tradition d'y passer l'alliance signe d'engagement ? Et grâce à notre index gauche dont l'empreinte est unique, nous découvrons que nous ne sommes semblables à aucune autre personne sur cette terre.

Avec la paume à laquelle ils sont rattachés l'index, le majeur, l'annulaire et l'auriculaire, forment la main .Le pouce joue à l'original, parce qu'il n'a que deux phalanges, alors que les autres en ont trois et qu'il est uni à la main en décalé sur le côté mais son originalité, en nous permettant la préhension, nous rend un service indispensable. Et voilà cette main, qui peut tourner à droite, à gauche, vers le bas et vers le haut, ceci grâce à l'articulation du poignet. Quelle merveille !

La paume de la main est une source d'informations pour les ''diseuses de bonne aventure' qui se vantent de lire notre destin, en observant les courbes, les orientations et les bifurcations des lignes de la main.

En gymnastique, on fait souvent ouvrir et fermer les doigts sur une balle de tennis afin de faire circuler l'énergie et réactiver les divers canaux des tendons, des nerfs et du sang. Les mains ainsi massées vont devenir un élément indispensable pour développer le sens du toucher.

Avant la découverte de la machine à laver le linge, combien de mains ont habilement, trié, détaché, mis à tremper, à bouillir, à rincer et étendu le linge...mains de mères de famille, mains de servantes

Les mains des grands couturiers qui font évoluer la mode vestimentaire...et les mains des couturières surnommées parfois ''petites mains''.

Les mains qui cuisinent dont certaines font étoiler leur chef

Les mains qui jardinent, et que l'on nomme parfois '' main verte''.

Les mains qui ont les gestes de l'amour par passion, par profession ou par habitude et lassitude.

Les mains des soignants, infirmiers, docteurs, chirurgiens.

Les mains de la prière.

Les mains calleuses des paysans.

Si on dit à un enfant ''viens, donne-moi la main '' il se sent en sécurité, et un petit groupe se forme uni par ces deux mains qui se sont trouvées et ne se lâchent plus, le temps d'une promenade.

''Donner un coup de main ''qu'elle puissance dans cette main qui va aider, accompagner, faire progresser...

''Donne-moi ta main et prend la mienne'' disait cette chansonnette qui donne et prend, gestes de la fraternité de l'amitié de la convivialité.

Dans le monde paysan, il s'employait l'expression ''de la main'' pour désigner le coté où le charretier tenait le cordeau, ou les guides pour transmettre ses commandements au cheval

Les expressions qui emploient le mot main sont à l'infini. Quand on est content on applaudit des deux mains, une voiture de seconde main peut encore rendre de nombreux services.

Dans un tableau de maître ou d'amateur, on peut reconnaître la main du peintre c'est-à-dire sa touche personnelle, une certaine couleur qu'il affectionne, ou des formes qui lui sont propres

Mais tomber entre les mains de quelqu'un ne me dit rien de bon...de même qu'être pris la main dans le sac, par contre prêter main-forte cela me touche car je n'aime pas que l'on me force la main.

Et ces mains qui, poétiquement, ''dessinent dans le soir la forme d'un espoir'' et d'autres mains, qui en signe de rébellion ou de contestation, se tendent en forme poing !

Toutes ces expressions de notre belle langue, me font encore plus comprendre l'importance des mains. Même le dessinateur Hérgé dans ''on a marché sur la lune'' glisse avec beaucoup d'humour

cette phrase :

''Là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied''.

Bénies et grandement remerciées soient les mains des chercheurs scientifiques qui travaillent à concevoir des mains artificielles, pour appareiller les personnes qui ont subi une amputation, suite à un accident ou à la maladie. Avec ces articulations et ces rouages compliqués, une fois mis en place ils redonnent vie à des êtres, qui peuvent à nouveau écrire, téléphoner, manger, exprimer leur joie ...Enfin Vivre !


Atlan Quatrième ouverture


Les nèfles

La petite fille court aussi vite que ce que ses jambes de cinq ans le lui permettent.

Le pré est en pente douce, et depuis une semaine qu'elle le pratique comme terrain de jeux, elle a pris l'habitude de cette déclinaison.

Elle va rejoindre son ami Jean qu'elle a surnommé 'ma pomme' parce qu'il chante toujours la même phrase d'une chanson, entendue à la radio de ses parents 'ma pomme c'est moi’. Arrivée la première à la meule elle s'assoie essoufflée, s'appuie le dos contre le foin, ferme les yeux et lui murmure des gentillesses « je t'aime ...je suis bien là...que tu sens bon...tu piques un peu, mais ça ne me dérange pas et même ça me chatouille et me fait rire... » Puis elle sort ses trésors de sa poche. Aujourd'hui ce sont des noyaux de nèfles, elle leur parle avec beaucoup de gaîté « Vous ressemblez à des perles ...de grosses perles marrons, luisantes et je vais vous garder pour vous montrer à mon papa et à ma maman, quand je serai à la maison, ils n'en ont sûrement jamais vu de si brillants, votre peau est lisse, et je vais jouer avec vous !!!

« A qui tu parles ? »lui dit 'ma pomme' arrivé en douce, pour la surprendre. « A mes noyaux, regarde » et ses deux petites mains mises en forme de coupe, s'élèvent en un grand mouvement vers lui, pour montrer ce qu'elles contiennent. « C'est quoi ces trucs ? » « C'est des noyaux de nèfles, et on va jouer avec, si tu veux bien, j'ai même deux nèfles entières, encore un peu vertes, il y en aura une pour toi, une pour moi, on va les cacher dans le foin de la meule pour les faire mûrir, elles seront bien au chaud, et tu pourras garder les noyaux de la tienne, je te les donne !!! » Et ce geste généreux la rempli de joie, et la fait sourire.

D'où venaient ces nèfles ? Et qui me les avaient données?

Mais elles sont bien présentes dans ma mémoire, mêlées de façon confuse, avec les meules de foin, les noyaux jouets précieux, ma pomme, et tous les autres enfants en vacances cet été là.

Les souvenirs d'enfance sont parfois invérifiables, mais ils sont en nous comme s'ils faisaient partie de notre ADN. Ils sont indélébiles. La mémoire essaie parfois d'en rajouter, de les bonifier, mais ils sont là, bien là, prêts à refaire surface à la moindre phrase, à la plus petite image.

Mon amour pour la nature a certainement germé en moi à ce moment-là.

J'avais vécu mes cinq premières années en vase clos, dans un village en guerre, avec pour seul horizon les murs des maisons, et le visage de mes parents et de mes frères et sœurs.

Et soudain je découvrais ces espaces immenses, qui sont devenus pour moi synonyme de liberté.

Je découvrais aussi d'autres enfants, qui avaient un accent différent du mien, comme 'ma pomme ' petit lyonnais qu'au début je comprenais à peine !

Oui, voir ce pré qui me paraissait sans fin, avec ces drôles de maisons, dont on m'a dit que c'était des meules, j'allais de découvertes en découvertes, et même, puisque ce n'était pas des maisons l'une d'elles allait être la mienne. Celle qui me paraissait la meule plus belle est devenue mon refuge, lieu de repos après une course poursuite, j'y entreposais mes crayons, ma poupée, mes trésors découverts au hasard de mes promenades, la meule bonne gardienne me les restituait le lendemain.

Comment pourrai-je les oublier ?

La vue du tableau de Claude Monet a fait surgir en moi cette part d'enfance

Simone

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