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Atlan, Quignard, Reinhardt

1° ouverture :

L’herbe est haute et verte, parsemée de jonquilles ; un paysage de campagne auquel on accède par un chemin de terre. Des voitures sont garées dans ce champ, sans logique, et les coffres ouverts débordent de jeux de plein air et de paniers de pique-nique. Les couvertures s’étalent jusqu’à la lisière de la forêt selon que leur propriétaire préfère le soleil ou l’ombre. Une arche a été improvisée avec des branches, des feuilles, de la corde et des tee-shirts avec à son sommet une banderole : « Joyeux anniversaire Romain ». Tout à côté, une table pliante sur laquelle des cadeaux forment une pile instable. Le petit groupe se trouve un peu plus loin, rassemblé autour d’un jeu de quilles finlandaises ; les enfants contre les adultes.

3°,4° et 2° ouvertures :

Chargée de ses courses, elle essayait de se frayer un chemin dans la rue bondée aux pavés disjoints. Elle avait revêtu sa jolie robe rouge et, coquette, avait souhaité lui associer ses bottines à talons. Elle devait ainsi veiller à ne heurter personne tout en cherchant à protéger ses chevilles, ce qui, associé à la lourdeur de ses sacs, compliquait son périple.

Avisant la terrasse d’un café qu’elle ne connaissait pas, elle s’en approcha et, installant ses affaires du mieux qu’elle le pu, elle s’attabla. Le serveur ne fut pas long à prendre sa commande et à amener à la jeune femme échevelée une tasse de café fumant qu’elle but avec plaisir. Elle sortit un petit miroir de son sac à main et grimaça à son reflet : ses cheveux étaient décoiffés par les nombreux essayages et ses joues étaient bien rouges suite à l’effort effectué, ce dont elle n’avait plus l’habitude. Elle se recoiffa du mieux qu’elle put et, impatiente de redécouvrir ses achats du jour, elle posa son mug sur la table pour fouiller dans ses sacs. Elle se revoyait s’admirant dans la glace vêtue de cette robe bleue cintrée. Elle, qui s’était abstenue de faire les boutiques pendant de longs mois, renouait avec ce plaisir. Sa première vraie sortie depuis la naissance de sa fille ; elle qui n’avait acheté ses vêtements de grossesse que sur internet et qui s’échappait de son domicile uniquement pour les visites médicales obligatoires. Elle avait tant besoin de penser à elle-même. Elle savoura son café et puis en commanda un autre. Elle pouvait bien prolonger le plaisir encore un peu.

Songeuse, elle repensait aux difficultés éprouvées au cours de sa grossesse, aux longs mois alités et se dit qu’elle avait bien mérité un peu de temps pour elle. Elle repensait à ses craintes d’alors, que son enfant soit difforme, se développe mal, ait une maladie… Elle se revoyait ce jour où, lassée de ses éternelles séries, elle s’était décidée à changer la chaîne de la télévision. Depuis le début de sa grossesse, elle évitait le plus possible les informations et leur lot de malheur. Tout à son bonheur, elle souhaitait que rien ne le gâche. Son intérêt fut happé par un reportage sur une maternité. Le déroulé d’une hospitalisation y était décrit. De jeunes mamans comblées contemplaient leurs nouveau-nés. Faisant suite à cette avalanche de joie, une trentenaire prit la parole. Elle se mit à raconter sa propre expérience. Elle avait perdu sa petite fille à sept mois et demi de grossesse. Elle se préparait à la naissance tant désirée, avait aménagé la chambre de l’enfant, sélectionné son trousseau avec soin, s’émouvait des mouvements ressentis dans son abdomen et puis, tout s’était arrêté.

Assise face à son poste de télévision, elle reçu la douleur de cette femme, qui pourtant arrivait à rester digne. A sept mois de grossesse, alitée par obligation, la téléspectatrice avait l’impression de ressentir dans sa chair la souffrance de celle dont elle écoutait le témoignage. Elle ne l’avait jamais rencontrée, ne la croiserait probablement jamais, et pourtant, elle se sentait proche d’elle. Elle aurait voulu pouvoir la prendre dans ses bras, lui dire que tout irait mieux, que la peine diminuerait avec le temps, en sachant qu’il n’en était rien et qu’elle ne s’en remettrait probablement jamais. Elle aurait voulu absorber une partie de son chagrin pour qu’il soit plus supportable.

Elle ne se rendit compte des larmes qui coulaient le long de ses joues que lorsque son mari la questionna sur ce qui pouvait bien l’attrister à ce point dans un reportage animalier. Elle ne s’était même pas rendu compte que le programme avait changé.


Stéphanie

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